La CFDT et la mondialisation de l'industrie textile, 19 novembre 1971
Le 14/03/2017 à 15h29 par Marie-Eugénie Mougel
Résumé

Le document présenté ici est une note interne du 19 novembre 1971, présentant les positions de la fédération HaCuitex (Habillement, cuirs et textile) sur la politique sectorielle européenne pour le textile.

Présentation du document
 

 

La note de la fédération énonce clairement cet état de fait, rappelant la situation préoccupante de l’industrie textile en France, notamment les problèmes de « dégagements massifs de salariés » et les « licenciements brutaux ». La perspective d’une politique sectorielle à l’échelle européenne semble « indispensable » afin de protéger les salariés. Le secteur textile vit alors une situation particulière, « celle d’une industrie en très forte régression comme le charbon et l’acier ». Face à la concurrence mondiale naissante, à la modernisation des appareils de production et au changement des modes de consommation, les petites entreprises familiales ne peuvent faire face et sont progressivement reprises par de grands groupes industriels. Ces derniers entament une spécialisation et une modernisation des installations afin de développer une industrie concurrentielle à même de s’intégrer au marché mondial. La fédération estime que le patronat aborde la négociation dans ses « aspects purement commerciaux » et qu’une « politique sociale conforme aux aspirations des travailleurs est […] le cadet de ses soucis ». C’est pourquoi il lui semble indispensable d’établir des règles non seulement commerciales, mais également sociales.

 

 

 

FH/19/11, page 1

 

 

 

FH/19/11, page 2

 

 

 

La seconde partie du document décrit les orientations envisagées par la Communauté économique européenne (CEE) : « préférences tarifaires » avec l’objectif, à terme, de la suppression de toutes les taxes d’échanges (désignées sous le terme de « protections ») dans l’espace européen.

 

 

 

FH/19/11, page 3

 

 

 

En employant le terme de « répartition internationale du travail », le document introduit l’idée d’une délocalisation du travail, plus particulièrement dans le domaine du textile. La communauté européenne avance l’argument qu’il est souhaitable pour les pays membres de se délester d’une industrie en crise (ici, le textile) pour se concentrer davantage sur des industries de pointe. Afin d’éviter une rupture brutale de ce secteur industriel, la politique sectorielle du textile prévoit des mesures pour « favoriser la restructuration et l’adaptation du textile ». Autrement dit, elle prévoit d’accompagner les ouvriers du textile vers une reconversion de carrière.

 

 

 

FH/19/11, page 4

 

 

 

Dans la continuité du congrès de Dijon (mai 1971), la fédération valide la nécessité d’aider le développement de l’industrie des pays émergents pour une répercussion des résultats au niveau social. De ce fait, elle est « favorable aux préférences tarifaires pour les pays en voie de développement ». Toutefois, elle témoigne de sa peur d’une libéralisation totale du marché (« libre jeu du capitalisme ») qui permettrait au patronat du textile de « réaliser le profit maximum » au détriment des ouvriers. De même, elle estime que l’objectif à long terme des industries est de cantonner aux pays émergents les industries dites primaires ou anciennes, empêchant que ces territoires n’effectuent leur « révolution technologique » et les « condamnant à la mono-industrie s’ajoutant souvent à la mono-culture ». La note décrit la situation en des termes très durs et parle de « pillage des ressources », de « nouvelles façons d’exploiter les pays en voie de développement » et de « domination économique », en écho au passé colonialiste des pays développés, et notamment de la France. La fédération critique ouvertement le rapatriement des profits, empêchant le réinvestissement de ces sommes dans les pays où ils sont créés. Elle demande la nationalisation des industries, et la maîtrise complète de la chaine de production par les pays émergents (« leur développement doit être assuré par eux-mêmes [les pays émergents] et non par des groupes capitalistes multinationaux »).

 

 

 

FH/19/11, page 5

 

 

 

Que ce soit au niveau national ou européen, la fédération HaCuiTex expose ses revendications, afin d’assurer une politique industrielle du textile contrôlée et uniforme, et non « des actes individuels d’entreprises » où « chaque entreprise reste libre de faire ce qu’elle veut », à savoir :

 

  • Réalisation d’études afin d’avoir une estimation des perspectives d’emplois sur le long terme et une cartographie des conditions de travail.

  • Encadrement des licenciements afin de les rendre moins faciles et moins brutaux et assurer la reconversion des emplois.

  • Développement de la formation professionnelle. À ce propos, la fédération rappelle que les industries textiles emploient une grande majorité de travailleurs immigrés, populations plus fragiles et plus touchées par les licenciements abusifs.

  • Développement de nouveaux emplois au niveau local, afin d’éviter la disparition totale des activités industrielles d’un territoire.

  • Intervention du fonds social européen afin d’aider matériellement les ouvriers licenciés.

 

Le texte annonce de fait les difficultés à venir du secteur du textile en France, « conséquences de la politique d’ouverture totale à la concurrence extérieure ».

 

 

 

Pour aller plus loin

 

  • Fonds FH : fonds de la fédération HaCuiTex (1921-2007)
  • HaCuiTex, De fils en aiguille…40 ans d’histoire, Fédération HaCuiTex, Paris, 2007, 53 p.
  • BELSOEUR Christine, Une vie ouvrière : un demi-siècle de parcours militant, L’Harmattan, Paris, 2011, 272p.
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