Discours de clôture de François Chérèque, 2002
Le 16/01/2017 à 15h37 par Marie-Eugénie Mougel
Résumé

Il s’agit du discours de clôture de François Chérèque, à la suite de son élection au poste de Secrétaire général de la CFDT, au congrès de Nantes en 2002. Ce document est doublement intéressant : il est révélateur à la fois de la personnalité du nouveau Secrétaire général mais aussi de la ligne de conduite qu’adoptera l’organisation sous son mandat.

Discours de François Chérèque, page 1 (1 CG 134)

 

 

 

François Chérèque y expose sa démarche, principalement fondée sur l’idée de réformisme (« syndicalisme de transformation sociale »), de « recentrage sur le métier syndical » et de « négociation collective ». Utilisant une formule choc, en parlant de « deuil des lendemains qui chantent », il mentionne ainsi l’héritage des années 1990 qui ont profondément changé la manière de faire de la CFDT. En ce sens, le nouveau Secrétaire général assume la continuité avec ses prédécesseurs qui ont entamé la transformation de l’organisation et qu’il souhaite poursuivre afin que la CFDT soit « une locomotive du changement social ».

 

 

 

Discours de François Chérèque, page 2 (1 CG 134)

 

 

 

A plusieurs reprises, il reprend l’idée d’une action syndicale tournée vers le terrain, afin d’assurer « la cohésion sociale », alors que le pays se trouve dans un contexte politique et social tendu. Le congrès a lieu quelques temps après les élections présidentielles, marquées par l’arrivée du Front National au second tour. Qualifiant cet évènement de « séisme du 21 avril », François Chérèque met en garde contre la tentation du populisme et « les replis extrémistes » et pose la question de la place que doit occuper l’action syndicale (« carence de la participation au jeu démocratique »). En effet, bien que soulignant l’importance de « l’indépendance à l’égard du politique », la CFDT doit être capable pour lui de « critique des politiques ». Malgré cela, il témoigne d’une confiance dans le mouvement, abordant les mois à venir « dans la sérénité ».

 

 

 

Discours de François Chérèque, page 3 (1 CG 134)

 

 

 

Ce discours est donc l’occasion d’annoncer les grandes revendications que souhaite porter la CFDT : « le plein emploi », « la réforme des retraites », « l’agenda d’un nouveau contrat social entre les générations », le renforcement « du paritarisme » et la protection du service public (sujet qui lui tient à cœur, lui qui fut Secrétaire général de la fédération CFDT Santé-Sociaux entre 1996 et 2001). Pour cela, François Chérèque souhaite que la confédération poursuive les mesures entamées sous les précédents mandats, notamment grâce à « la généralisation des 35 heures » et « la formation professionnelle ».

 

La CFDT est alors attentive à la constitution définitive du gouvernement, à la suite des élections législatives, ainsi qu'aux élections prud’homales de décembre 2002.

 

 

 

Discours de François Chérèque, page 4 (1 CG 134)

 

 

 

Au-delà de la France, François Chérèque  revient sur la question de l’Europe et la défense du projet européen à travers l’idée « d’Europe fédérale et sociale ». Il rappelle d’ailleurs que le mandat de Nicole Notat a permis à la CFDT de « confirmer et approfondir [son] engagement européen », portant le combat syndical au-delà des frontières françaises. Pour cela, François Chérèque souligne l’importance de la coopération des « forces syndicales représentatives », afin que le combat syndical soit entendu. Le terme de  « coopération » est d’ailleurs employé à nombreuses reprises au sein de ce texte.

Enfin, exposant les premières actions concrètes envisagées, le Secrétaire général lance un appel à une action symbolique à l’automne pour « rassembler (...) de 20 000 à 30 000 militants CFDT, élus délégués du personnel, élus CE, délégués syndicaux, conseillers prud’homaux ».

 

 

 

Discours de François Chérèque, page 5 (1 CG 134)

 

 

 

Discours de François Chérèque, page 6 (1 CG 134)

 

 

 

Biographie de François Chérèque

 

François Chérèque nait à Nancy, en Meurthe-et-Moselle, le 1er juin 1956. Son père, Jacques, fut notamment Secrétaire général de la fédération de la métallurgie entre 1971 et 1979, avant d’occuper le poste de secrétaire adjoint de la CFDT. Il baigne donc très tôt dans la culture syndicale de la CFDT.

 

Après l’obtention de son baccalauréat, François Chérèque décide d’intégrer l’école d’éducateur spécialisé de Livry-Gargan en Seine-Saint-Denis, dont il sort diplômé en 1978. En poste au centre hospitalier de Digne-les-Bains, il décide dans le même temps d’adhérer à la CFDT. Très actif au sein de l’Union départementale CFDT des Alpes de Haute-Provence, il en devient le Secrétaire général en 1986. Devenu permanent, il est nommé, en 1991, secrétaire national au sein de la Fédération Santé-sociaux avant d’être élu Secrétaire général en 1996.

 

Durant son mandat, la fédération double ses effectifs, grâce notamment à la mise en place d’un réseau de développeurs, faisant de l’organisation la première fédération de la CFDT. Remarqué par Nicole Notat pour sa combativité et son franc-parler, il intègre la Commission exécutive en 2001. L’année suivante, il est élu Secrétaire général lors du congrès de Nantes.

 

Cherchant à la fois à se démarquer de l’image de son père et de celle de l’ancienne Secrétaire générale, il reste toutefois dans la continuité de ses prédécesseurs. Ses différents mandats sont marqués par la volonté d’une action syndicale de terrain, et dès le début il doit affronter des dossiers importants : réforme des retraites en 2003, réforme du statut des intermittents du spectacle en 2004… Ses décisions, notamment sa volonté du compromis avec le gouvernement, ont été parfois critiquées au sein de l’organisation. Il est toutefois réélu lors du congrès de 2006, année au cours de laquelle, avec Bernard Thibault (Secrétaire général de la CGT), ils conduisent le mouvement syndical contre le projet de Contrat première embauche (CPE) porté par le premier ministre Dominique de Villepin.

 

Fort de l’appui de l’organisation, le Secrétaire général maintient l’évolution vers le réformisme de la CFDT. Les relations avec le nouveau gouvernement de Nicolas Sarkozy sont toutefois tendues, alors que la CFDT et la CGT s’engagent sur le front commun de la défense de la retraite à 60 ans à partir de 2010.

 

Bien que réélu pour un troisième mandat au 45ème congrès confédéral, il préfère démissionner en 2012 au profit de son successeur, Laurent Berger. En janvier 2013, il est nommé Inspecteur général des affaires sociales au sein du gouvernement Ayrault. Par ailleurs, il est élu président du think tank Terra Nova, un cercle de réflexion proche du Parti Socialiste. Enfin, il est nommé par le chef de l’Etat en décembre 2013 président de l’Agence du service civique.

 

Il interrompt une première fois ses fonctions, en septembre 2015, avant de les quitter définitivement en juin 2016. Il décède le 2 janvier 2017.

 

 

 

Pour aller plus loin

 

  •  8 CH : fonds du secrétariat général (depuis 1971)
  • Série FL  : fonds de la Fédération Santé-Sociaux
  • CHEREQUE François, Réformiste et impatient !, Seuil, Paris, 2005, 188 p.
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