Les objets syndicaux
Le 14/12/2016 à 09h29 par Marie-Eugénie Mougel
Résumé

L’objet est inhérent à la pratique syndicale et, contrairement aux autres types d’archives (papier, photographie, vidéo), il est souvent lié à un instant spécifique et n’a pas forcément vocation à être utilisé au-delà de l’évènement auquel il est associé (manifestation, congrès, …).

De ce fait, l’objet n’a pas toujours été perçu comme un outil à caractère patrimonial ou informatif. La mise en place récente d’une politique de versement systématique des objets produits par la Confédération, permet  de garder trace de ces éléments. L’objet revêt pourtant un intérêt en tant que témoignage concret de l’évolution de la pratique syndicale, au même titre que les autres archives. Leurs formes et leurs provenances diverses (Confédération, fédérations, unions locales, syndicats étrangers) sont autant de clés pour analyser l’histoire syndicale et les mouvements sociaux de manière générale.

Nous vous proposons de comprendre la nature de « l’objet témoin », au travers d’une sélection de pièces illustrant trois axes de lecture : l’objet symbole de l’organisation, signe de distinction et enfin outil de communication.

 

 

1. L’objet symbole de l’organisation

 

Sous cette appellation sont regroupés les objets dont l’usage est attaché à l’identification de la Centrale. Il s’agit la plupart du temps d’objets utilisés lors des rassemblements. Là encore, on note une évolution symptomatique de la pratique syndicale.

 

 

 

Drapeau des travailleurs chrétiens de Lons le Saunier

Drapeau tricolore, lettres cousues en lettres dorées, sigle CFTC cousu en lettres dorées au verso, 113x88 cm [années 1930]

Crédit photographique : Anne Bruel

 

 

 

L’objet présenté ci-dessus est un drapeau des syndicats des travailleurs chrétiens de Lons-le-Saunier ; en tissu tricolore et bordé de franges dorées, il présente sur une face le logo de la CFTC cerclé d’une couronne de laurier et surmonté d’une croix, et de l’autre l’appellation « Syndicats chrétiens de Lons-le-Saunier ». D’usage courant, du temps des premiers syndicats, ce type de drapeau, porté grâce à une hampe en bois, assure le rôle de point de ralliement lors des défilés. Il est également là pour signifier l’orientation du syndicat : ici, l’usage du drapeau français symbolise l’attachement de la CFTC à l’idée d’un syndicat attaché au patriotisme, rejetant l’idée de l’internationale socialiste matérialisée par le drapeau rouge brandi par la CGT. Cet usage du drapeau est peu à peu tombé en désuétude, remplacé après la Seconde Guerre mondiale par celui des banderoles ou des fanions. Les années 1960 et la période contestataire sont également le signe d’un engouement grandissant pour la pratique des autocollants, assurant une publicité, quel que soit le lieu, et non plus restreint à un espace donné, à savoir le cortège.

 

 

 

De gauche à droite et de haut en bas : autocollant "Réduire le temps de travail" (1995) ; autocollant "avec les travailleurs polonais" [1980] ;  planche d'autocollants du sigle CFDT sur fond rouge (1976-1988) ; autocollant de la fédération unifiée des PTT "Un vélo pour mon boulot" (s.d) ; autocollant pour les élections purd'homales (2002).

Crédit photographique : Anne Bruel

 

 

 

La banderole, héritière des mouvements ouvriers, permet de brandir plus efficacement messages et slogans, prenant le pas sur la représentation du logo. En clair, le message devient plus important que l’affichage de l’appartenance à la Centrale. Le logo lui-même subit des modifications au gré de l’évolution de la conception syndicale de la confédération : orné dans un premier temps d’une croix, symbole de l’adhésion à Rerum Novarum, il abandonne ce symbole au profit de la roue crantée représentant le travail manuel. Cela s’établit en parallèle de l’arrivée massive de membres de la JOC et d’ouvriers au sein de l’organisation, se revendiquant désormais de la morale sociale chrétienne plutôt que de l’encyclique.

En 1964, à la suite du congrès actant la déconfessionnalisation, le logo se transforme, et à travers lui, transparaissent les difficultés de changement de structures : sur le papier à en-tête, les deux logos cohabitent quelques années encore, avant que la nouvelle typographie ne se stabilise. Peu à peu, des couleurs font leur apparition. La couleur orange, caractéristique de la CFDT d’aujourd’hui, n’est adoptée que tardivement : c’est au cours du congrès de 1988 à Strasbourg qu’une nouvelle charte graphique est adoptée, associant le gris au orange, et laissant désormais à la couleur une place aussi importante que la graphie. En uniformisant les pratiques, la CFDT permet une meilleure visibilité de la « marque CFDT » reconnaissable quel que soit le support.

 

 

2. L’objet, signe de distinction

 

Si l’objet permet l’identification de l’organisation, il est également un moyen de reconnaissance individuel ; parmi les objets conservés, le badge en est l’exemple le plus représentatif. A l’origine, insigne militaire, son usage s’est au fur et à mesure des années démocratisé au point d’être incontournable dans de nombreux domaines : milieux associatifs, sportifs, campagnes politiques, entreprises…L’objectif reste cependant le même, c’est-à-dire s’individualiser tout en marquant son appartenance à un groupe et en assurant la publicité de son regroupement. En ce sens, il est un élément central de la culture syndicale.

 

 

 

De gauche à droite et de haut en bas : badge "CFDT, des choix, des actes" (années 2000) ; insigne boutonnière en métal [années 1930] ; pin's  oiseau du rassemblement Actuelles, 1,2x0,7 cm (années 1980) ; pin's des sapeurs-pompiers, 2x2,5 cm (s.d) ; pin's de l'Union régionale Nord, 2,2x1,3 cm (s.d) ; badge rond FUC, diamètre 5,5 cm (s.d).

Crédit photographique : Anne Bruel

 

 

Tout comme la bannière ou le logo, la forme du badge varie selon les époques : dans un premier temps, il s’apparente à une boutonnière à la veste, comme cette insigne en métal des années 1930 (photographie ci-dessus : en bas à gauche), avant d’être remplacé par le badge, qu’il soit rond ou carré, puis par le pin’s dans les années 1980. Il devient un outil important de communication, grâce à son faible coût et à son fort caractère identitaire. Au départ simple sigle, le pin’s s’enrichit, se charge de symbole et devient emblème de professions spécifiques ou de régions particulières : là, un pin’s de l’union régionale du Nord reprenant le motif du beffroi, ou encore un casque et une lance incendie pour figurer les sapeurs-pompiers. Enfin, l’oiseau stylisé du sigle CFDT est repris comme symbole du mouvement Actuelles dans les années 80 (photographie ci-dessus : en haut au centre).

Le pin’s est devenu par essence un objet de collection, et si son utilisation est aujourd’hui moins marquée, il demeure un objet relativement bien conservé et vendu : 800 000 pin’s étaient vendus annuellement dans les années 1990.

 

 

3. L’objet, outil de communication

 

Les syndicats ont beaucoup appris des actions des publicitaires pour diversifier leur politique de communication. Les objets ne sont plus forcément un moyen d’identification du groupe ou de l’individu, mais aussi un véhicule du message syndical. Si le support importe, il est surtout un prétexte à la diffusion au plus grand nombre des revendications de l’organisation. De ce fait, les objets se diversifient, et suivent surtout les usages de leur époque. Ainsi, si les premiers syndicats chrétiens ont l’habitude d’éditer des cartes postales ou des timbres affichant le logo et les slogans de la CFTC, le développement de la culture de bureau à partir des années 1960 s’accompagne de l’édition d’un nombre plus varié d’objets. Ces mêmes années traduisent également un engouement certain pour les porte-clés.

 

 

 

De haut en bas : planche de timbres pour les élections aux caisses de Sécurité sociale (avril 1947) ; carte postale bichrome représentant le portrait de Jules Zirnheld par Kaplan, 9x14 cm (s.d) ; carte postale photographique bichrome de Louis Blain, 9,5x14 cm (s.d)

Crédit photographique : Anne Bruel

 

 

Alors qu’apparaissent les premières campagnes syndicales à grande échelle dans les années 1970, l’objet utilitaire devient un élément central de communication au même titre que l’affiche. Les motifs sont démultipliés pour plus d’impact, parfois sur des supports surprenants : briquets , jeux de cartes, serviettes et torchons.

 

 

 

De haut en bas : set de table Hacuitex représentant des scènes de l'industire du textile cuir et habillement (s.d) ; porte-clés métalliques, 4x3,5 cm (1990) ; birquet de poche "Non au tout nucléaire, oui aux énergies nouvelles" (1985) ; jeu de carte CFDT mineurs (s.d).

Crédit photographique : Anne Bruel

 

 

 

Au regard de la multitude de typologies, il convient de garder à l’esprit que tous ces objets ne sont pas pensés individuellement, mais au contraire se complètent dans leur usage ; ainsi, ils participent activement à l’identification de l’organisation et accompagnent les supports plus « classiques » comme les tracts ou les affiches. Porteur d’un message, l’objet syndical a un impact visuel et tactile fort, et devient un témoignage important de l’histoire de la CFDT, mais aussi de notre société.

 

 

 

Pour aller plus loin

BATTAIS Louisette, inventaire des objets de la CFDT (série B), CFDT/IRES, Paris, 1995.

 

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